Comme un printemps heureux.

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29 septembre 2009

Vergers.

Sartre

J'avais dit le temps qui passe, mais c'était faux. Le temps ne passe pas. Quoi que je fasse, ou que j'aille je suis ramenée en arrière et c'est comme si rien n'avait jamais existé. Toutes les blessures reviennent un jour faire surface sur ma peau, toutes les blessures creusent mon visage et je fais comme si je ne voyais rien, ne savais rien mais je sais. Le temps qui passe n'efface rien. J'aurais voulu pourtant que tu saches combler les blessures, j'aurais voulu que tu saches m'aimer, j'aurais voulu au conditionnel. Je ne parle plus qu'à l'imparfait. J'ai cessé de croire que quelqu'un un jour saurait me tirer de cette noyade sans fond, j'ai cessé de croire aux rires, aux promesses de bonheur, aux après-midi d'été chatoyants. J'ai cessé de croire que tu saurais m'aimer. Il ne reste plus en moi qu'un paysage, une sensation de vide, une erreur. Une balançoire qui grince doucement sous les poids des années et toujours cette même fillette pour venir l'habiter. Personne jamais ne la pousse ni ne se tient en bas pour la rattraper. Je ne veux plus de toi. Je ne veux plus de tes mensonges ni de la douceur de ta voix. Je me suis glissée à nouveau dans les draps de ma solitude et j'ai embrassé ma folie à pleine bouche. C'est la seule qui ne m'ait jamais abandonné, tu vois. Et si parfois je repense à toi, et tes rêves perdus d'enfant sage, crois bien que je ne pleure pas. Je ne connais ni la raison, ni le vent, ni le temps qui passe, je ne connais que le creux, les vides et les saignements. Je ne connais de la vie que celle que j'ai façonnée, je ne connais de moi qu'Eliane, et je n'aime d'elle que sa noirceur. Tu peux toujours courir, tu peux même tenter de la saisir, elle te brisera. Et ce jour là, crois-moi je ne pleurerai pas.

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