Comme un printemps heureux.

.

26 décembre 2008

Beauty

Avant, la rage qui coulait dans mes veines tourbillonnait si fort que les mots se glissaient entre mes doigts, perlaient au bout de mes cils, franchissaient mes paupières, et j’étais ivre de colère et de haine, je hurlais de silence et de cris contenus, je hurlais pour ne pas devenir folle. Désormais, les mots mêmes me fuient. Il faut se battre contre eux, se battre contre le silence, ce silence qui aspire chaque parcelle de ma peau. Depuis que je suis là-bas je n’écris plus. Je n’écris plus que des dizaines de pages, je noircis des centaines de copies doubles de mon écriture d’écolière, je choisis chaque mot avec soin, pas ceux que j’aime, ceux que j’aime ne comptent pas, je les choisis pour leur sens, précis, aiguisé. Les mots désormais sont une lame de rasoir avec laquelle je manque de me couper à chaque fois. Les mots sont devenus violence. Une violence que je m’inflige à chaque fois. Là-bas on ne peut parler de murmures opalescents, d’aubes sanglantes et d’asphalte brûlant. Alors les mots, mes mots, se sont mués en silence, ma rage s’est givrée de bitume et d’amertume, la folie reste sous la peau que j’écorche et écorche encore. Je suis devenue silence. Et plus personne ne m’entend.

Posté par Ordalie à 10:07 - Commentaires [3] - Permalien [#]

15 décembre 2008

Tous les arbres étaient en fleurs.

untitled

Avant, tu sais, il y avait une balançoire qui grinçait sous le poids de nos rires et de nos chansons. Maintenant c’est l’hiver, tout est désert, tout est froid, et la brume de décembre s’agrippe à nos veines. Les vitres s’embuent mais plus personne ne songe à dessiner des cœurs maladroits dessus. Ce matin lorsque le réveil a sonné j’ai pleuré, pleuré ce lycée trop grand où il fallait retourner, pleuré les six heures et les trois copies doubles à écrire, pleuré comme une enfant, de solitude. Je rêve de jours de chaleur, de robes qui volent au vent, de rires qui se perdent jusque tard dans la nuit. Je rêve de bras autour de moi que je ne sens plus. Je rêve de sentiers âpres et brûlants, de retrouver le son de ta voix. Je voudrais qu’il fasse un peu moins froid le matin, que le vent ne gifle pas si fort boulevard St Germain, que remonter la rue St Jacques ne soit pas si douloureux. Que mes mains ne tremblent plus en permanence. Je voudrais que tu reviennes, que tu me pardonnes, que tu sois là quand je t’appellerai. Je voudrais que tu ne m’oublies pas, que tu n’abandonnes par derrière toi les années, qu’il reste au coin de ton cœur un parfum de notre enfance et de la balançoire. Que tu te souviennes toi aussi des jours que l’on dorait d’espérances, que tu me dises que nous n’avons pas tout perdu. Toi qui te souviens de moi. Dis-moi seulement, que l’hiver passera, encore une fois. Dis-moi seulement que nous le passerons.

Posté par Ordalie à 23:59 - Commentaires [2] - Permalien [#]

13 décembre 2008

Summer_Memories

La musique sauve parfois. Que resterait-il de moi, dans la pénombre de cette chambre espagnole, s’il n’y avait pas eu cette chanson ? Je me souviens du soleil, de la chaleur insoutenable qui filtrait à travers les persiennes entrouvertes, qui projetait son ombre sur la pièce où s’éparpillaient mes vêtements. Que resterait-il de moi, dans la solitude de cette chambre espagnole, si je n’avais écouté ces mots encore et encore, si je ne les avais gravés à même la chair, à même la peau ? Je me souviens de ma fenêtre ouverte sur l’aube, de cette cigarette au gout d’été, les parfums entêtants de la nuit, je me souviens des insomnies, des quelques heures de sommeil qui s’accrochaient à ma peau et qui me laissaient si vide, si vide. Que resterait-il de moi, dans la chaleur de cette chambre espagnole, sans ces mots ? Je me souviens des heures lentes et pâles qui me transperçaient de lumière, allongée sur ce lit trop petit, je me souviens des heures que je laissais s’échouer, souriant à chaque minute, de sentir mon cœur qui se rongeait silencieusement, de la faim qui me tenaillait, des rires qui se brisaient ? Que resterait-il de cette petite fille trop frêle, dans la solitude de cette chambre espagnole, si ce n’est un désert d’encre et d’acier, un visage d’ocre et de bitume, une route poussiéreuse laissée aux vents et à la sienne ? Il ne resterait rien que son silence, que son absence. Que le souvenir de ses pas dans la terre aride, le souvenir de ses genoux qui s’écorchaient sur l’asphalte, de ses pleurs au coin d’un bar démodé. Il ne resterait rien d’elle, vous auriez oublié l’innocence qui cernait ses yeux de brumes monochromes, vous auriez oublié l’enfance qui dorait ses cheveux au vent, vous auriez oublié jusqu’à son nom qu’elle hurlait dans le noir, à la nuit, à la folie. Eliane. Mais il y a eu ces mots qu’il n’a pourtant pas chanté ce soir, il y a eu ces mots que j’entendais tout de même, il y a eu ces mots inscrits à l’intérieur de moi. Indélébiles. Et quand parfois je rêve à la chambre espagnole, aux persiennes lourdes, à la faim et aux nuits sans lunes, quand parfois je rêve à celle que j’étais avant, lorsque je songe que je voudrais revenir, j’entends ces mots, tout bas, et je sais que sans eux, il ne serait rien resté de moi. Et la mémoire des jours.

Posté par Ordalie à 00:19 - Commentaires [0] - Permalien [#]

05 décembre 2008

Rien.

Delicate

Souvent, le matin, lorsque le réveil sonne, je cherche une raison de me lever. Je n'en trouve jamais.

Posté par Ordalie à 01:07 - Commentaires [3] - Permalien [#]



« Accueil  1