29 septembre 2008
Train de nuit.

Alors j'ai enfoui mon visage contre ses cheveux, contre son cou, j'ai enfoui mon visage contre son odeur et je lui ai murmuré comme elle m'avait manqué, comme. Elle était là, nous étions là, assises à la cafétéria, et j'ai vu A. passer et j'ai songé à novembre, à novembre et la pluie - sont presque là. Lorsque je suis sortie mon regard était dur, mes rires douloureux. Il n'y avait rien. Rien que du soleil, si loin, si près. Et j'ai su. J'ai su avec une certitude effroyable, que rien n'avait changé. Que je n'étais pas devenue forte, que je n'étais pas. J'ai su. Que ce soir, cette nuit, il y aurait à nouveau mes yeux grands ouverts face à l'insomnie. Bientôt ce sera novembre et il est temps, d'affronter le passé. D'affronter ma folie.
27 septembre 2008
La messe anniversaire.

J'avais rêvé le temps qui passe comme un apaisement, une brûlure devenue songe, les brumes d'un passé lointain. J'avais cru savoir oublier. Je n'oublie rien. Ce qu'il reste de moi ne signifie plus grand chose. Je traverse les jours et m'écorche à nouveau à la nuit, je ne brise jamais mes silences et mes soupirs ne s'échouent plus au vent. Lorsque je pleure tu n'es plus là pour me dire que ça ira. Peu importe le jour je pense à toi. Il ne reste plus personne, oui si peu, si peu de monde, c'est un jour et on oublie, on efface. Je m'oublie moi-même. C'est un jour qui ne veut rien dire, juste un amas de mauvais souvenirs. Juste un amas de cris et de larmes, mais si peu, si peu de chose au final. Tu n'as pas pensé, tu n'as rien dit, tu n'as pas vu mes yeux, hier, qui pleuraient, demain il faudra que tu me tiennes debout tout le jour. Tu n'as rien vu et j'ai effacé, doucement. Laissée à ma chute. Laissée au poids de ce que je ne dis pas. J'ai songé, durant un bref instant. Que cinq ans c'était bien trop long, pour ne pas avoir eu le temps. D'oublier.
23 septembre 2008
Plus rien.

Parfois il n'y a rien. Je reste des heures assise sur le canapé, les genoux relevés, un livre à la main que je souligne de temps à autres. Parfois il n'y a rien. Je repousse un peu plus le sommeil et m'accroche aux lignes qui s'enfuient. Dans les rues, ça sent l'automne, les jours déclinent. Parfois. Il ne reste que ce sentiment d'être enfermée dans ma prison de silence. Personne ne me parle, je ne parle à personne. Quand je tombe on ne me relève pas. Alors je ne tombe pas. Ceux qui comptent s'en vont si loin que je ne sais les retenir. Les noms sous mes doigts se délitent, et l'amour glisse. Parfois on crie, on hurle contre mes tempes et mes côtes se font douloureuses et je ferme les yeux sur les larmes qui coulent. Quand je les ouvre à nouveau il n'y a plus rien. De mon regard tout s'est enfui, tout. Et les rires, et les chants. Je redeviens la petite fille qui ne sait pas parler, qui ne sait pas pardonner. Je redeviens celle que j'avais cru avoir oubliée. Parfois je pars, me détourne, sans un regard. Je fixe le téléphone et ses messages auxquels je ne réponds pas. Parfois je songe à l'année dernière et très vite j'oublie. Tous ces souvenirs me font mal. Nos souvenirs me font mal. Parfois je reste assise en silence. Je regarde devant moi. Je regarde le reflet d'une jeune femme qui n'est pas moi. Si je devais un jour, regarder un miroir qui dit la vérité, je sais ce que je verrais. Un surface plane. Lisse. Et puis moi. Plus rien que du vide.
22 septembre 2008
Puisque rien ne dure.

On vient de m'arracher un an de ma vie. Et il faut effacer les larmes, et tenir en cours toute la journée.
07h09 c'est trop tôt pour pleurer.
19 septembre 2008

"Et ce qui m'a brisée ce n'est pas rien, et c'est irréparable."
Olivier Adam, La Messe Anniversaire.
15 septembre 2008
No Surprises.

Il y avait un parfum d’automne dans l’air et doucement j’ai songé, ça sent l’année dernière. J’ai senti, avant de la voir, la chaleur de la cafétéria, j’ai senti l’ombre qui s’étendait, je n’ai pas songé aux heures que j’avais pu passer là-bas, aux heures à discuter avec N. autour d’un coca light et à rire, et à rire. J’ai traversé doucement la pièce, poussé la porte et j’ai senti l’air vif et piquant du jardin. Je me suis assise sur un banc, et au crépuscule qui s’étirait, j’ai abandonné mes larmes et mes regrets. Vous me manquez. Vous me manquez et j’en crève.
12 septembre 2008
Asphalte.

Pour la première fois depuis longtemps, en rentrant, j'ai du me raccrocher aux murs pour ne pas tomber.
10 septembre 2008
Ordalie.

Il y a ceux qui partent et qui ne reviennent pas. Et puis ceux qui reviennent, toujours, malgré leur absence, se perdre contre ma peau, reste leur parfum, vanille ou musc qui s’infiltre dans mes veines, restent les étreintes et les sourires. J’apprends à ne plus tomber tu sais. La pluie tombait fort, finalement, lorsque nous nous sommes assises à la terrasse, la pluie tombait, une pluie d’automne mais ce n’était qu’une raison de plus pour s’abriter derrière nos chocolats chauds, pour se recroqueviller sous la couette et parler encore, longtemps, à en saisir les premières lueurs de l’aube. Je n’ai presque pas pleuré en rentrant. Se laisser de nouveau happer par le tourbillon, les heures de cours, les courses, le soleil, nos bêtises. Soudainement tout a un sens, ou plus rien n’en a. Il faut croire que les dizaines d’heures à traduire du latin ont un sens, que mes yeux qui fatiguent devant la grammaire grecque ont un sens. Plus rien n’a vraiment de sens si ce n’est celui-là, l’ordalie, le chemin du sang, des larmes et de l’ivresse. Demain, peut-être tu me délivreras.
05 septembre 2008
Saisons.

L’hiver ce sont nos mains froides qui tremblent sous la pluie en allumant une cigarette. L’hiver c’est la pluie dans mes cheveux lorsque je descends le boulevard en frissonnant. L’été c’est le sourire de L. le matin, notre table près du radiateur, les dessins que l’on fait en cours d’anglais. L’été c’est s’asseoir à cinq, sur les marches du Panthéon, sous un rayon de soleil et sourire doucement. L’automne ce sont nos courses à travers la cour V. H. pour se réfugier dans la cafétéria. Ce sont les conjugaisons latines que l’on récite au-dessus d’un cappuccino et l’odeur qui tâche nos doigts d’incertitudes. Le printemps c’est le dictionnaire que l’on ouvre, les froncements de sourcils, la fatigue, le soulagement, le contentement. Le printemps c’est l’espoir. Dans mon esprit les saisons se mêlent une à une et s’entrelacent, le soleil et la pluie s’envolent dans mes mèches éparses et souvent j’oublie. Certains souvenirs m’étreignent brutalement le cœur et manquent de me faire tomber. Alors je ferme les yeux et j’oublie. Inlassablement, je pense à l’été.
02 septembre 2008
Sel.

J'avais écrit, parce que je ne veux plus jamais pleurer dans le métro le matin en allant là-bas. Mais tu vois je pleure.
(Je ne veux pas y aller.)