Comme un printemps heureux.

24 décembre 2011

Le Vent dans les Arbres

C'est toujours le 27. Dans ces cauchemars où je me brise, dans ces rues où je tombe, dans ma voix quand elle tremble, dans mes larmes lorsque je ne sais plus tenir - faire semblant - quand je pense à tous les meurtres qu'il y a eu, tous les cris, toutes ces promesses vaines que personne n'a tenues, lorsque je sens que je m'effondre, lorsque je hurle que je ne pourrai plus jamais me relever, c'est toujours le 27. Il faudra oublier ce soir, un instant, comme j'ai oublié tant d'instants, il faudra oublier demain, il faudra rire - je fais semblant de rire depuis si longtemps que ça n'a plus d'importance, plus vraiment, j'ai oublié ce que c'était de rire vraiment comme avant - il faudra oublier. Vos voix qui me berçaient, vos rires qui me tenaient, il faudra les oublier, les rayer, comme je me suis oubliée, comme je me suis rayée, comme j'ai caché ma vérité derrière ce corps sans nom et sans vie, la vérité d'une enfant en pull rouge, au joues trop rondes, qui pense qu'elle ne pourra plus jamais respirer. Cette vérité que j'ai détruite consciencieusement, avec application au fil des années, jusqu'à ce que je sois la seule à m'en souvenir, la seule à la pleurer, la seule à la supplier de me pardonner. C'est toujours le 27, tous les jours, toutes les nuits. Au fond de moi, tout au fond, c'est toujours le 27. Dans mes veines que j'intoxique de fumée noire, dans mon coeur qui ne bat pas, au creux du ventre, tout au creux de ce ventre qui hurle, se débat et se tord, tout au bout de mes jambes qui vacillent, tout au fond de mes mensonges c'est toujours le 27. Derrière mes yeux cernés de drames, derrière mon refus implacable de grandir, de me résigner, derrière ma haine du monde et de cette vie dont je ne veux pas - parce que je n'en veux pas, vraiment pas, mais personne ne veux entendre cela - c'est le 27, toujours le 27. Parfois les réponses se perdent, parfois mes pas se font plus lents, alors soudainement je me demande, je me demande pourquoi je m'inflige tout ça, pourquoi je ne rends pas les armes pourquoi - parce que c'est toujours le 27 à l'intérieur de moi. Huit ans et chaque jour, toujours, le 27 à l'intérieur de moi. Je ne vous oublie pas. 

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22 décembre 2011

Party Girl

Tu es trop jeune et je suis trop prompte à la colère. Chacun de tes rires, chacun de tes gestes me rappelle ce que j'ai sacrifié pour toi, pour que tu ne sois pas comme moi. Et tu ne le seras jamais - je le sais désormais, mais je ne peux pas m'empêcher de te haïr pour ça. Pourtant je songe que si c'était à refaire je le referai. Je me tairai pour toi, je me briserai de silences pour toi, pas parce que je t'aime - pas vraiment - mais parce que tu étais petit, si petit et parce qu'ils étaient grands, si grands, et c'était à moi de tous vous protéger. C'était à moi d'être grande, de me taire, d'assumer toutes les responsabilités. Et même si tu as grandi, tu restes trop jeune pour comprendre mes rages, mes élans et mes emportements lorsque je te vois vivre, si vrai, si fort, à tel point que ta jeunesse m'insupporte, me donne envie de vomir - et je vomis tu sais. Tout de ta jeunesse me blesse. Mais si c'était à refaire, je le referai. Parce que je n'en serais jamais sortie indemne, mais tu avais une chance de vivre - toi. Et j'ai préféré mourir, que te laisser y renoncer.

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13 décembre 2011

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Désormais, tu vis dans un monde sans étoiles. Je te regarde, maladroite, t’acharner – t’acharner à ne pas grandir. Je te regarde enchainer les cigarettes, les cafés, les coca-lights, je te regarder avaler sans ciller des cachets, je te regarde avaler sans trembler les verres de gin ou de vodka. Je te regarde t’agenouiller encore et encore, je te regarde sourire devant tes jambes qui vacillent, tes larmes au cœur, tes rires qui s’effondrent. Je te regarde t’éveiller en pleurs d’un énième cauchemar, je te regarde les yeux cernés de noir, je te regarde. Tu n’y arriveras pas – jamais. Rien de ce que tu peux faire ne réveillera jamais en toi la gamine qui pensait que si elle ne mangeait pas tout serait réparé – t’es trop grande pour ça. Rien de ce que tu peux faire ne réveillera jamais en toi l’adolescente qui pensait que si elle ne dormait pas tout serait absout – t’es trop grande pour ça. Rien de ce que tu peux faire n’éveillera encore en toi des rêves, des envies, des espoirs – ton désespoir. Rien ne ranimera cette violence que tu aimais tant, cette rage que tu chérissais, cette envie de vivre que tu méprisais. Je te regarde t’acharner, et je voudrais pleurer, te dire que c’est fini. C’est fini. Tu es trop vieille pour ça ma belle, range ta faim au placard, enferme tes larmes et tes cris, c’est l’heure de serrer les dents, d’arrêter de vouloir mourir, d’accepter de grandir. Tu l’as déjà fait, tu ne veux juste pas le comprendre, l’accepter. Chut, ça ne fera pas mal, presque pas, je te le promets. Rends les armes, baisse les bras, voilà, doucement, si doucement. Tu n’as plus le droit de mourir, désormais. Tu vis dans un monde sans étoiles. 

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07 décembre 2011

Aizone

J’ai tant voulu vivre. Je me souviens avec précision de ces moments de bonheur absolu, de ces instants où mon cœur allait exploser – une salle noire de cinéma avec T., lire mon nom sur une liste et me dire tout n’est pas perdu, prendre un verre – la nuit déjà noire, déjà -  avec T. et G. et sourire à m’en fendre le cœur, un car d’où j’aperçois des gratte-ciels et retracer d’un pas tremblant ces rues que j’ai tant aimées – tant aimées, sentir la présence de S. à côté de moi alors que l’on parle de plus en plus doucement, nos rires qui s’évaporent, avant le vide, avant le froid, serrer un livre dans mes bras en songeant enfin, enfin, serrer L. dans mes bras en me disant encore un an, un an avec toi, enfouir mon visage dans les cheveux de N. et l’écouter parler doucement, l’odeur du jardin en hiver, d’un métro inconnu, du printemps à ma fenêtre, de l’été dans mes nuits, l’asphalte sous la pluie, un ciel étoilé. J’ai tant voulu vivre – tu sais. J’ai tant voulu mourir. Je me souviens avec précision de ces moments de désespoir absolu – incommensurable. De ma main qui se referme sur le portable, des numéros qui défilent et personne, jamais, jamais, personne à appeler. Je me souviens des rues traversées en espérant le choc, la collision, le bruit sourd de freins – qui ne sont jamais venus. Je me souviens de rails de métro approchés, jamais touchés. Je me souviens de mes pleurs à onze ans, à quatorze ans, à quinze ans, à seize ans, à vingt ans, à vingt-deux ans, et personne pour me sauver, avec rien, rien d’espoir que celui de me trouver encore en vie demain. Je me souviens, recroquevillée, petite, si petite contre un radiateur, sur un balcon, regardant fixement un écran d’ordinateur pour qu’enfin cessent les cris. Je me souviens des heures de faim, des minutes à vomir, de l’ivresse dans mes veines, de l’odeur âcre des cigarettes, de la nausée et de mes côtes qui hurlaient, de la douleur, du goût du sang sur mes lèvres, de mon écœurement et des corps inconnus sur mon cœur brisé et brisé encore. Je me souviens de la rage et de la haine, de ma force et de ma violence, de ma lâcheté et de mes nuits sans lunes, sans geste, sans rire, à ne savoir dormir. J’ai tant voulu mourir. Tu sais ? 

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26 novembre 2011

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Je me souviens de mes heures de pluie, accrochée à une radio sans merci à ne savoir attendre l’aube qui arrivait. Je me souviens de mes heures de nuit, frissonnante, si petite, si jeune – je le sais maintenant – sur un balcon à contempler l’asphalte, à tant vouloir mourir. Je me souviens, gamine putain, si frêle, si conne, si violente à tant vouloir maigrir.  Je vous hais – tous. Tous ceux qui m’ont connue, tous ceux qui n’ont pas su me prendre dans leur bras – j’étais si petite – et me dire ça ira, tous ceux qui ont cru en mes mensonges, en mes promesses, tous ceux qui n’ont rien vu et qui n’ont surtout rien voulu voir. Je vous hais de ne pas avoir su laisser mes larmes se perdre dans vos cous, de m’avoir laissée à la merci de mes peurs, de mes angoisses, de mes haines inavouées – ma folie proclamée. Encore et encore je songe à celle que j’étais, encore et encore je revois des photographies et je voudrais chialer pour cette adolescente que vous avez laissé crever sans regrets. N’essayez même pas de mentir – de vous justifier – j’étais devant vous, haine et blancheur immaculée, j’étais devant vous avec toute ma tristesse, toute ma faiblesse et vous n’avez rien fait. Vous n’avez rien fait. J’étais devant vous, cassée, brisée, et personne ne m’a relevée. Personne ne m’a sauvée. Ne me sauvera – jamais. Maintenant je suis morte. C'est trop tard. Et j'aimerais que vous chialiez tous sur cette gamine au yeux trop bleus, aux cheveux trop blonds que vous avez si consciencieusement abandonnée. 

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22 novembre 2011

Princesse

Je te regarde. Tu as quinze ans – bientôt seize, tes joues sont encore pleines d’une enfance que tout a brisé, et dont tu es revenu entier. Je te regarde rire, vivre, aimer, et je songe qu’à quinze ans on m’avait déjà brisée. J’avais déjà oublié comment dormir et comment rire, je ne savais plus rien de l’enfance qui tournoie encore et encore. Tu as quinze ans. Je ne marchais plus que sur un fil ténu, désuet, j’étais au bord, tout au bord de la chute tu sais, il ne manquait rien, presque rien pour que je m’enfonce dans la faim, les cris et les vomissements. Tu as quinze ans et je me souviens comme je pleurais de désespoir, comme j’étais incapable de marcher vers le lycée sans trembler, comme j’étais infoutue putain de sortir de chez moi parfois, seule et enfermée j’attendais immobile que les minutes passent et je noircissais des pages de mon envie de crever. Tu as quinze ans, bientôt seize et je suis toujours là. J’ai survécu à tout, sans vraiment comprendre pourquoi, sans savoir autre chose que cette force qui me poussait à avancer, à me lever chaque matin – tous les matins – et à continuer, à chaque fois, toutes les fois. Tu as quinze ans et tu n’as rien connu de mes larmes, de mes drames, si ce n’est en filigrane, lorsque je n’arrivais plus à tenir debout, lorsque tu me voyais me fissurer devant toi – un instant, un instant seulement. Tu as quinze ans et je me demande si tu te souviens de moi, si tu te souviens de celle que j’étais, si tu te rappelles mes cris et mes rancœurs, si tu te rappelles mes pleurs, quand tu faisais semblant de t’endormir. Mais non. Tu as quinze ans et tu ris, et tu vis, et je songe que tu as gagné la guerre, là où je n’ai cessé de la perdre. Sans vraiment jamais m’empêcher de penser que je te haïrai toujours un peu pour ça. 

 

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14 novembre 2011


Rec

Parfois je me demande comment les gens font pour ne pas voir comme je suis brisée. Comme je risque de m'effondrer - à chaque instant. 

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06 novembre 2011

Buenos Aires

Lorsque je marche dans la rue, T. à côté de moi, j’ai parfois l’impression que nous sommes invincibles. Nous rions encore, et pleurons encore sur un coin de café désuet, je la regarde en souriant, j’enchaine les allongés s’il vous plait, les serveurs me connaissent et sourient, nous parlons de notre avenir – brillant, il sera brillant – nous parlons de vies dont nous rêvons, joie entremêlée nous nous retrouvons et je lui souris de ce sourire qui fait mal, de ce sourire qui ne veut rien dire, et doucement je lui murmure – comment on dit aux gens que l’on aime qu’on veut mourir ? Elle ne sait pas me répondre, mais de façon étrange, son silence me suffit. Lorsque je suis assise sur mon canapé, S. à côté de moi, j’ai parfois l’impression que tout est réparé. Durant un instant je n’ai plus mal ni froid, j’oublie mon avenir – brillant, brillant de larmes et de drames, de cette envie de mourir qui ne part pas, putain, même avec le temps et les années, elle ne part pas. Lorsque j’erre dans la nuit, ma solitude à mes côtés je ne pense à rien. La douleur, soudain, annihile tout, soudainement il n’y a plus d’avenir, il n’y a plus de lustre, d’appartements éthérés dans lesquels vivre,  plus personne à qui parler, je reste seule avec mon cœur qui ne bat pas, mon ventre vide, mes larmes au cœur et au corps je suis invincible, je suis l’enfant de ma propre haine, de ma propre destruction, j’allume une nouvelle cigarette et avale un énième verre de gin, je m’effondre toute seule, comme une grande, il n’y a jamais personne à appeler. Lorsque je marche dans la rue à côté de T. vacillant sur mes talons  j’espère toujours un peu qu’elle me rattrape, qu’elle me donne une raison de vivre, de me lever le matin, autre chose que de murmurer un allongé s’il vous plait mais malgré ses suppliques ce sont toujours les mêmes murmures et mes rires ne veulent plus rien dire. Encore et encore, en silence, je me répète. Je suis l’enfant de ma propre haine. 

Posté par Ordalie à 23:29 - Commentaires [0]

13 octobre 2011

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Souvent, je me suis brisée - comme on largue des amarres. Il ne reste plus grand chose, désormais. 

Posté par Ordalie à 04:13 - Commentaires [2]

07 octobre 2011

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Il ne me reste de novembre qu'une obsession - et le froid. 

Posté par Ordalie à 22:33 - Commentaires [1]